Les coulisses de la convention bourdonnent. Odeur lourde de maquillage sucré, latex neuf qui colle à la peau. Je suis Anonyme, masque noir couvrant mes yeux, costume moulant en vinyle luisant, fendu sur les cuisses. Héroïne vigilante sortie d’un comic obscur. Le bruit des cosplayers en fond, rires, flashs. Jean-Pierre déboule, mal à l’aise. Costume banal, chemise froissée, regard fuyant. Il traîne là, évadé de sa routine : courses, foot, refus de sa Jacqueline. Je le repère direct. Frustré, nerveux, comme un mec qui bande en secret au bureau.
Je m’approche, frottement du latex sur mes cuisses. ‘Perdu, inconnu ?’ Ma voix rauque, masquée. Il sursaute, rougit. ‘Euh, ouais… première fois.’ Ses yeux glissent sur mon décolleté compressé, mes seins gonflés par le corset. Tension électrique. On parle comics, mais c’est du pipeau. Il avoue sa vie plate : samedis rituels, trois refus d’affilée. ‘Elle veut plus…’ Je ris bas, pose ma main gantée sur son bras. ‘Ici, t’es pas Jean-Pierre le mari. T’es libre.’ Il tremble. Mon parfum masque-mascara l’enivre. Je l’attire dans un coin sombre, coulisses oubliées. Portes claquent au loin. Mon masque reste, identité secrète. Il hésite, puis craque. Mains maladroites sur mes hanches. ‘T’es qui ?’ ‘Anonyme. Et toi, mon fantasme ce soir.’ Nos bouches se heurtent, salive chaude, goût de bière bon marché sur lui.